Hadrien Frémont
FRÉMONT Hadrien

Titulaire d'un Master 2 Recherche en Arts Plastiques de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, il vit et travaille en France.

« Ma pratique personnelle se construit autour de la technique du collage, en utilisant comme matériau principal le fruit de flâneries virtuelles, des prises de vues satellites de Paris, parfois retouchées pour en changer la couleur. Et si l’on est bien face à une pratique complètement collagiste, la plupart des compositions présentes ici ne sont pas des collages mais des impressions numériques de collages scannés et parfois retouchés. Cela m’intéresse particulièrement, de partir d’un matériau issu du virtuel, de le travailler physiquement, matériellement, et de revenir ensuite dans le virtuel en continuant d’assumer sa matérialité.

Mes travaux sont articulés autour de la thématique de l’homme et de la ville, en les liant à un univers imaginaire et poétique, sous l’influence d’auteurs tels que Lautréamont, précurseur littéraire du collage, ou Baudelaire. Ce thème me permet d’aborder mon espace vécu, tant géographique que littéraire, et de développer un lien onirique à un nouvel espace fictif. J’utilise l’image d’une urbanité préexistante pour recréer un espace plus inattendu et étrange, des profils de ville, une nouvelle topographie. Les prises de vues satellites, représentation aérienne du monde, donnent dans mes collages le simulacre d’une élévation dans un basculement des perspectives. Il s’agit d’images d’un moment précis et passé du réel qui devient l’élément principal d’un espace mental, hors du temps et de toute réalité. Un monde qui ne relève en rien d’une expérience humaine, construisant ainsi des anti-paysages dans un processus de fragmentation, de déterritorialisation et de reterritorialisation.

L’homme arpente et habite cet univers sous la forme de simples silhouettes. « L’homme ordinaire. Héros commun. Personnage disséminé. Marcheur innombrable » comme disait Michel de Certeau. Ces silhouettes sont en connexion avec les vues satellites, étant issues de la même source, de mondes virtuels, ici Google Street View. On peut voir dans mon travail la critique d’un monde en perte de sens et de repères, des nouvelles villes, d’un univers urbain ultra connecté, enregistré, surveillé, face auquel il présente une victoire de l’imaginaire. C’est ainsi que mes collages donnent à la fois l’impression d’un ordre très maitrisé, mais aussi de ruines, d’un certain chaos, émergeant parfois du brouillard en petits ilots.

Ma pratique s’est ouverte à l’actualité, à travers un témoignage de la guerre actuelle en Syrie, dans une libre interprétation de photos de presse. On retrouve une représentation urbaine utilisant des prises de vues satellites, cette fois ci de Damas et de ses alentours, dans un style différent de mes autres travaux, ainsi que des silhouettes humaines. On est face ici à un chaos, une horreur, qui n’est plus celle du quotidien citadin et virtuel, mais de la guerre, de la violence physique, du meurtre de masse qui frappe lui aussi des inconnus, des anonymes, l’homme ordinaire. »
 
 
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